Matilda

À minuit comme pour la pluie, elle se couvre.
Elle se sent qui bascule sous le poids des gouttes,
ou sous le poids des étoiles et des lunes,
elle sent en elle grandir le petit comme
mourir les grands discours en pointillés infinis
incompris et dont on ne sait que dire.

Quand elle éclate en sanglot sur le fauteuil,
elle suffoque, elle s’étouffe, couvre ses yeux
puis fatiguée comme le désert, elle s’endort
en éclats, partout sur le tapis.

Quand elle éclate en rires dans le train,
contrainte de s’interrompre au risque d’attirer
regards et mégards à son égard, elle étouffe
son rire dans sa poitrine, elle se couvre d’un châle
et chaloupante prend l’issue de secours.

Elle se porte comme elle porte ses talons
hauts, droits, claquants, scintillants, perçants.
Et s’ils venaient à trembler, à trébucher, à tressaillir,
elle les jette comme on brûle les grands discours.

À minuit comme pour la pluie, elle danse.
Elle danse à la nuit comme s’effiloche le papier peint,
et dans l’anachronisme de son histoire,
elle se déshabille de tous ses voeux,
ceux dont elle a rêvé, ceux auxquels elle n’a jamais pensé.

Et quand vient l’heure d’aller se coucher,
elle se retire sans mot dire pour s’effacer
dans un vent de verdure sous sa couverture
comme pour la pluie, comme pour minuit.

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